Qu’est-ce qu’un haïku ?
Un haïku est un court poème d’origine japonaise, composé de trois lignes, qui capte l’essence d’un instant. En quelques mots, il fait surgir une image, une sensation ou une émotion liée au moment présent. On dit qu’il suit le rythme 5-7-5 syllabes, mais il semble qu’en japonais le comptage soit plus complexe… L’essentiel, pour moi, reste la présence au moment et l’attention portée à ce qui parvient à nos sens, ce qui fait du haïku une forme de méditation. De plus, je préfère les haïkus spontanés et créatifs, ancrés dans le corps et le quotidien, mais aussi intégrés dans mon processus de journal créatif. Cela inclut donc souvent des haïkus fantaisistes, surprenants, voire surréalistes. Pour écrire, je garde simplement en tête la règle des trois lignes, avec une deuxième un peu plus longue que les autres.

La chasse au haïku
Cet été, j’ai participé à un atelier intitulé La chasse au haïku à Waterville, en Estrie, dans le cadre du programme Vacances-Arts-Nature. Le concept était stimulant : partir en balade dans la nature à la recherche d’images poétiques, capturer des images avec des polaroids, écrire des haïkus à partir de cela puis les dactylographier sur de vieilles machines à écrire. Les photos et les mots récoltés prenaient ensuite forme dans un livre accordéon, qui devenait un témoin de cette expérience en plus d’un support pour aller plus loin dans la création. Les images que vous trouverez ici sont toutes issues de ces 3 jours de chasse!



Cette petite aventure a renforcé mon affection pour le haïku et m’a donné l’élan d’écrire cet article.
Pourquoi j’aime écrire des haïkus dans mon journal
Je ne me souviens plus du moment exact où j’ai découvert les haïkus, mais je me rappelle très bien du tout premier que j’ai écrit :
Ciel gris d’automne
Le crayon court sur le papier
Café froid
Dès cet instant, j’ai été séduite. En quelques lignes, je fixais un moment précis dans mon journal, et je me sentais plus vivante, plus alerte. Cette façon de prêter attention aux détails de l’environnement, de tenter de capter quelque chose de sensible et un peu surprenant en quelques lignes me paraissait une façon sans prétention d’amener le langage poétique dans mon journal sans me prendre la tête.
Je ne jouais pas avec des idées, j’entrais dans le présent via mes sens, mon ressenti. Les haïkus me permettaient aussi de ralentir, d’observer, d’accueillir le monde dans sa simplicité. Parfois je sentais que j’ouvrais une petite fenêtre vers le silence intérieur, mais parfois aussi je sentais que ce petit poème m’aidait à synthétiser et à condenser l’essence de pages plus chargées. En fait je trouve que le haiku est un outil hyper créatif pour boucler n’importe quel long processus ou pour jumeler avec le travail dans la nature.

Trois exercices de journal créatif pour écrire des haïkus
1. Collage poétique
Découpez dans des magazines des images ou des mots qui vous attirent, sans réfléchir. Collez-les sur une page, prenez votre temps. Sur la page suivante, écrivez une liste de phrases inspirées par votre collage, pêle-mêle. Ensuite, relisez-vous, puis laissez-vous attirer par 3 de vos phrases. Combinez-les entre elles pour former un haïku. Voyez ce poème comme un écho poétique à votre collage, sans passer par l’analyse ni l’écriture de réflexions.
2. Haïku dessiné
Dans votre journal, dessinez une petite scène du quotidien avec votre main non dominante : une tasse, une fenêtre, un arbre, un coin de table. Fermez un peu les yeux si nécessaire, pour percevoir autrement. Le dessin n’a pas à être réaliste : l’important est de ressentir davantage. Ensuite, écrivez autour du dessin ce qui vous traverse. Faites une pause, relisez, puis laissez apparaître le haïku caché dans ces mots. Vous pouvez ajouter des couleurs à la page pour compléter l’expérience.
Variante : passez directement de la contemplation du dessin à l’écriture d’un haïku.
3. Pêche aux mots
Choisissez une page déjà écrite dans votre journal. Relisez-la et entourez cinq à dix phrases courtes qui résonnent, qui vous semblent importantes. Recopiez-les sur des languettes de papier, puis disposez-les sur la table. Déplacez-les jusqu’à trouver une combinaison de trois qui forment un haïku. Collez-les ensuite dans votre journal, et ajoutez couleurs ou éléments de collage si vous le souhaitez. Gardez les autres languettes pour un futur poème.

Le haïku n’a pas besoin d’être parfait. Ce qui compte, c’est l’élan, la simplicité, le geste de saisir un instant. Peut-être qu’après avoir essayé ces exercices, vous regarderez différemment les petites choses du quotidien… et qu’un poème viendra se déposer dans votre journal, tout naturellement.
Anne-Marie

